La vieille dame au manteau rouge

Montmartre, mardi matin

Elle descendait la rue, comme tous les mardis. Toujours du même pas, un peu traînant mais sûr, calculé. Son cabas à l’épaule, léger aujourd’hui — quelques pommes, un morceau de comté, deux tranches de jambon. Le pain, elle le prend plus bas, chez le second boulanger. Pas celui du coin, trop bavard.

Le manteau rouge, elle l’a ressorti ce matin, parce que le ciel s’est couvert sans prévenir. Elle l’aime bien ce manteau. Il lui donne bonne mine, c’est ce qu’on lui a dit. Elle n’en est pas si sûre, mais elle le met quand même.

Le trottoir glisse un peu. Elle connaît chaque pavé de cette rue. L’inclinaison, les fissures, l’endroit où le caniveau déborde quand il pleut. Elle marche en dedans, elle pense à rien. Ou peut-être à cette émission idiote vue hier, ou à la voisine du 3e qui n’a plus son chien. Disparu ou mort ? Elle ne sait pas. Elle n’a pas osé demander.

Devant Le Petit Moulin, elle ralentit. Fermé depuis des mois. Avant, elle y prenait parfois un café, quand elle revenait du marché. Elle regarde la façade peinte, les autocollants, les rideaux tirés. Un coin de souvenir flotte là. Rien d’important. Juste une habitude de plus qui s’est éteinte.

Elle continue. Le sac cogne doucement contre sa hanche. Son dos commence à tirer. Elle n’a rien oublié, non, tout est là. Même l’habitude du silence, dans les rues encore fraîches du matin.




 

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